Quand un directeur de production m’appelle pour un tournage, la première question n’est presque jamais « quel drone tu utilises ? » C’est plutôt : « on peut voler là ? Il faut combien de temps pour les autorisations ? » C’est une bonne question, et la réponse a changé depuis janvier 2026.
Voilà ce que je vois concrètement sur mes tournages en Occitanie — séries quotidiennes, longs métrages, publicités — et ce que ça implique pour votre production.

Ce qui a changé au 1er janvier 2026
Les anciens scénarios nationaux français S1, S2 et S3 ont définitivement disparu. La France applique désormais intégralement le cadre européen EASA, basé sur une approche par le risque et non plus sur le type de mission ou le contexte audiovisuel. Concrètement, toutes les opérations s’organisent autour de deux catégories qui nous concernent : la catégorie Ouverte (Open) pour les opérations à faible risque, et la catégorie Spécifique pour les missions plus encadrées.
La grande majorité des tournages audiovisuels professionnels se situe en Open A1, A2 ou A3 selon le contexte, et ponctuellement en Spécifique STS-01 pour certaines configurations plus exigeantes.
Agglomération ou pas : la vraie question
C’est le point clé que beaucoup de productions ignorent. L’agglomération n’est pas définie par ce qu’on voit — elle est définie par la carte aéronautique OACI. Les zones jaunes sur cette carte sont des zones d’agglomération. Mais ce n’est pas tout : dès qu’on se trouve à moins de 150 mètres d’une habitation, on est considéré en zone peuplée, même si la commune ne figure pas sur la carte OACI. La seule exception : si l’habitation est intégrée au tournage — location de propriété, accord écrit du propriétaire, périmètre sécurisé.
Concrètement, Frontignan est en agglomération. Un hameau isolé non référencé sur la carte OACI peut permettre un vol Open A3 sans déclaration préfectorale des 10 jours — à condition d’être à plus de 150 mètres de toute habitation. Cette distinction change tout dans la préparation d’un tournage.
Un cas particulier utile pour les productions : un vol en agglomération sur terrain privé fermé — jardin clos, propriété sécurisée — est possible sans déclaration, sous réserve d’un accord écrit d’occupation du terrain et d’un périmètre totalement sécurisé.
Pour vérifier l’espace aérien avant chaque tournage, j’utilise Clearance et Drone Keeper, deux références dans le milieu professionnel, en complément de la carte OACI.
Les trois sous-catégories Open et ce qu’elles changent sur le terrain
Beaucoup de productions ne connaissent pas la distinction entre A1, A2 et A3 — pourtant elle détermine directement quel drone on peut utiliser et à quelle distance des personnes.
Open A1 concerne les drones de classe C1, moins de 900 grammes. Il permet de voler à proximité de personnes non impliquées — sans les survoler intentionnellement. C’est la catégorie du DJI Avata 2, le seul drone FPV du marché homologué CE classe C1, ce qui en fait le seul FPV légalement compatible avec les vols en agglomération. Pour les productions qui cherchent un plan immersif en ville, c’est une carte à jouer que peu de pilotes peuvent proposer.
Open A2 concerne les drones de classe C2, jusqu’à 4 kg — le Mavic 4 Pro et le Mavic 3 Pro Cine entrent dans cette catégorie. Deux modes de vol sont disponibles. En vitesse standard, la distance minimale des personnes non impliquées est de 30 mètres. En mode basse vitesse — le mode cinéma, environ 5 m/s — cette distance peut être réduite à 5 mètres, ce qui ouvre des possibilités créatives importantes pour les plans proches des comédiens. Le Mavic peut traverser des axes routiers ou des voies ferrées sous conditions, de jour comme de nuit en zone ségrégée ou CTR valide. C’est la solution que j’utilise sur la grande majorité de mes tournages de séries — la plus fluide, la plus adaptée aux contraintes de production, avec le moins de démarches administratives.
Open A3 s’applique hors agglomération, à plus de 150 mètres de toute habitation. C’est le cadre des tournages en extérieur rural, en campagne, sur des sites naturels isolés. Moins de contraintes administratives, plus de liberté sur le choix du matériel.
Les drones lourds : Inspire 3 et Alta 8

L’Inspire 3 est une autre histoire. Esthétiquement, c’est le drone le plus impressionnant de mon parc — capteur plein format 8K, pack focale complet DJI, dual opérateur, une image cinéma pure qui rivalise avec les caméras de plateau. Sur un tournage qui cherche une cohérence visuelle forte, l’Inspire 3 fait une vraie différence à l’image. Mais gardez en tête qu’en agglomération, il bascule en STS-01 et nécessite un parachute. La vitesse est alors limitée à 5 m/s (18 km/h) — ce qui exclut les suivis de véhicules et de personnages en mouvement rapide. Tout dépassement de vitesse est tracé via la boîte noire, avec des conséquences directes sur l’assurance et la licence. En résumé : en agglomération avec l’Inspire 3, vous aurez des images superbes, mais vous ne pourrez pas tout vous permettre. Hors agglomération en revanche, il est parfaitement dans son élément — suivis longs, plans larges, double opérateur, toute la liberté créative que l’image justifie.
Le Freefly Alta 8 est réservé aux tournages hors agglomération. C’est le drone gros porteur qui permet d’embarquer une ARRI Mini, une Red ou un Ronin 4D pour un rendu cinéma homogène avec le reste du tournage. En ville, une SORA serait nécessaire — une procédure de plusieurs mois, environ 10 000 euros de coût, largement hors du cadre d’une production normale.

Les délais à intégrer dans votre planning
En agglomération, le délai de déclaration préfectorale est de 10 jours ouvrables. Des dérogations peuvent être accordées dans certains cas justifiés — formats quotidiens, repérages tardifs, contraintes de production spécifiques — mais elles restent à la discrétion des autorités et ne doivent pas être considérées comme acquises.
Pour chaque demande, je fournis le donneur d’ordre ou bon de commande, le lieu précis du tournage avec une marge de 100 mètres autour du point GPS, et l’ensemble des documents réglementaires. L’intégralité de la gestion administrative est prise en charge de mon côté.
La règle d’or reste la même : intégrez le pilote drone dès la phase de repérage. Sur les séries quotidiennes comme Demain nous appartient ou Un si grand soleil, le planning est établi à la semaine — je reçois les séquences drone avec 10 à 13 jours d’avance, ce qui me permet de préparer les dossiers administratifs en parallèle sans aucun impact sur le tournage. Pour une publicité ou un long métrage, contactez-moi au moins 3 semaines avant le premier jour de tournage drone.
Le survol des personnes
Le survol de tiers non impliqués est strictement interdit. En cas d’intrusion accidentelle d’une personne dans la zone de vol, j’adapte immédiatement la trajectoire ou j’interromps le vol.
Les personnes impliquées dans la production — comédiens, figurants identifiés, équipe — ne sont pas assimilées au public, à condition qu’elles aient été informées des risques, briefées en amont et qu’elles aient donné leur consentement. Ce protocole me permet de réaliser certains plans spécifiques comme des top-shots sur comédien, sous réserve d’une analyse de risques adaptée.
Ce que vous devez retenir
La réglementation 2026 est plus lisible qu’avant, mais elle n’est pas plus permissive. Pour l’immense majorité des tournages en agglomération, la solution optimale reste le drone de classe C2 type Mavic — la plus sûre, la plus fluide, la plus adaptée aux contraintes de production. Si votre réalisateur veut l’image de l’Inspire 3, c’est tout à fait possible, mais anticipez les contraintes de vitesse et de périmètre que ça implique. Chaque configuration a ses avantages — c’est au pilote de vous dire laquelle est réaliste selon votre location.
Si vous préparez un tournage en Occitanie et que vous avez des questions sur la faisabilité d’un plan, contactez-moi directement. Réponse en 24 heures.