La réglementation drone a changé en profondeur. Ce que beaucoup ignorent encore, c’est qu’elle ne repose plus sur le type de mission ou l’usage — cinéma, loisir, agriculture — mais sur le niveau de risque. Un plan aérien dans une rue de Montpellier et un survol de vignes dans l’Hérault n’obéissent pas aux mêmes règles. Confondre les deux peut coûter très cher.
Je suis Nicolas Manna, télépilote professionnel spécialisé en fiction et audiovisuel en Occitanie. Voici ce que je sais — depuis le terrain et depuis les textes officiels.

Le cadre européen : une seule réglementation pour toute l’Europe
Depuis l’harmonisation européenne, tous les exploitants professionnels de drone opèrent sous le cadre européen harmonisé, supervisé en France par la DGAC via la plateforme AlphaTango. Ce cadre repose sur une approche par le risque et classe les opérations en trois catégories :
Catégorie OPEN (Ouverte) — opérations à faible risque, sans autorisation préalable. Le drone doit avoir un marquage de classe (C0 à C4), voler en vue directe (VLOS) et rester sous 120 m AGL.
Catégorie SPECIFIC (Spécifique) — opérations à risque modéré nécessitant soit un scénario standard (STS-01 ou STS-02), soit une analyse de risque. Depuis le 1er janvier 2026, les anciens scénarios nationaux S1, S2 et S3 n’existent plus. Les scénarios standard européens STS-01 et STS-02 s’appliquent désormais dans toute l’Europe.
Catégorie CERTIFIED — opérations à haut risque (transport de personnes ou marchandises). Non concernée par les usages courants.
Ce que « agglomération » veut vraiment dire
C’est le point que la plupart des gens ratent. L’agglomération n’est pas définie par le sens courant du mot. C’est la carte aéronautique OACI qui fait foi.
Zones figurant sur la carte OACI = agglomération → déclaration obligatoire avec un préavis de 10 jours ouvrables pleins via le formulaire CERFA 15476*04 à transmettre à la préfecture compétente.
Zones non référencées sur la carte OACI = hors agglomération → aucune déclaration en préfecture requise. Attention toutefois : en OPEN A3, il faut impérativement voler à au moins 150 m des zones résidentielles, commerciales, industrielles et récréatives. Un hameau isolé non référencé sur la carte OACI ne signifie pas qu’on peut voler à 10 m des maisons — la distance de 150 m s’applique toujours.
Exemple concret : Frontignan est en agglomération OACI. Un hameau isolé à quelques kilomètres peut être hors agglomération, mais le vol doit rester à 150 m minimum des habitations.
Cas particulier : terrain privé fermé en agglomération. Un vol sur propriété privée fermée (jardin, domaine privé) est possible sans déclaration, sous réserve d’un accord écrit d’occupation du terrain et d’un périmètre totalement sécurisé.
Les drones de moins de 250g : non, vous ne pouvez pas voler où vous voulez
C’est l’idée reçue la plus répandue. Un drone de moins de 250g ne donne pas carte blanche. Les restrictions de zones (aérodromes, zones militaires, sites sensibles, Natura 2000, Ville etc..) s’appliquent quel que soit le poids du drone. La masse est un critère parmi d’autres — pas un passe-droit.
Les qualifications : ce qui a changé en 2026
Tout exploitant doit s’enregistrer comme exploitant européen d’UAS dès lors qu’il prévoit d’exploiter un drone de plus de 250 grammes, ou un drone équipé de capteurs pouvant récolter des données personnelles comme une caméra. Cet enregistrement se fait en ligne via AlphaTango.
Depuis le 1er janvier 2026, les scénarios standard nationaux n’existent plus. L’exploitation en STS-01 nécessite un drone de classe C5, STS-02 un drone de classe C6.
Mes qualifications : OPEN A1/A2/A3, STS-01 et STS-02, formation théorique et pratique complète conforme EASA (organisme Drony, Paris, janvier 2026)
Quel drone pour quel contexte ?
Le Mavic (classe C2) : la solution la plus souple
Pour la majorité des tournages et missions professionnelles en agglomération, le Mavic 4 Pro – Mavic 3 Pro – Mavic 3 (classe C2, moins de 4 kg) est la solution la moins contraignante. Pas de parachute requis, distance minimale de 5 m des personnes non impliquées en vitesse lente (≈ 5 m/s) ou 30 m à vitesse plus élevée, altitude maximale 120 m, vols de jour comme de nuit sous conditions. Survol de voies ferrées et traversée d’axes routiers possibles sous conditions EASA.
L’Inspire 3 en agglomération : possible, encadré
En agglomération, l’Inspire 3 nécessite un parachute, un passage en STS-01 et entraîne une perte de la classe C3 au profit de la classe C5. Vitesse maximale 5 m/s (18 km/h), impossible de suivre un véhicule ou un personnage en mouvement rapide. Tout dépassement est traçable via la boîte noire — perte d’assurance, perte de licence, responsabilités pénales et civiles à la clé.
Hors agglomération, l’Inspire 3 est dans son élément : dual opérateur, suivis longs, 8K ProRes RAW, aucun parachute requis.
Le cas des parachutes
Contrairement aux idées reçues, installer un parachute sur un Mavic n’est pas obligatoire — tant que vous vous renseignez sur votre zone de vol et que vous opérez dans une zone de ségrégation adaptée.
💡 je viens peut-être de vous faire économiser 1 500 €. Un parachute sur un Mavic entraîne une perte de la catégorie A2, un passage en STS obligatoire, une vitesse limitée à 18 km/h, une autonomie réduite et des risques de déclenchement intempestif (crash instantané). Le parachute est effectif à partir de 20 m pour le Mavic 4, 30 m pour l’Inspire 3. Il est uniquement obligatoire pour les drones de plus de 4 kg en agglomération ou zone spécifique ( Paris )
FPV en ville : le vide juridique
Tous les drones FPV de plus de 249g sont interdits en ville — sauf le DJI Avata 2, seul FPV certifié classe C1 en Europe. Pour tout le reste, y compris le FPV artisanal, il faut une SORA.
STS, PDRA ou SORA : quelle différence ?
Quand une opération sort du cadre de la catégorie Ouverte, trois voies existent en catégorie Spécifique :
STS-01 / STS-02 — les scénarios standard européens. Procédure simple, déclaration sur AlphaTango, mais exigent obligatoirement un drone de classe C5 (STS-01) ou C6 (STS-02). Si votre drone n’a pas ce marquage, vous ne pouvez pas voler en STS.
PDRA (Pre-Defined Risk Assessment) — c’est la voie du milieu. Une SORA pré-remplie et validée par l’EASA, disponible en français via la DGAC. Le PDRA-S01 par exemple reprend les conditions du STS-01 mais autorise les drones qui n’ont pas le marquage C5. C’est la solution pour les flottes existantes (Inspire 2 par exemple) qui veulent opérer dans des conditions proches du STS sans racheter du matériel certifié. La procédure est plus lourde qu’un STS — il faut un MANEX documenté et une autorisation via la DGAC — mais bien moins lourde qu’une SORA complète.
SORA (Specific Operations Risk Assessment) — l’analyse de risque sur mesure pour tout ce qui sort des cadres précédents. Comptez plusieurs mois de délai, environ 10 000 € de coût moyen et plus de 100 heures de traitement. Réservé aux cas vraiment complexes : FPV de plus de 249g en ville, Alta 8 en agglomération, vols hors vue…
Les délais administratifs : ce que vous devez anticiper
Le délai de dépôt des demandes est de 10 jours ouvrables pleins pour un vol en agglomération — sans compter le jour de la notification et le jour du vol. Des dérogations restent possibles dans certains cas justifiés — formats quotidiens, repérages tardifs, contraintes de production spécifiques.
📋 Petit tips ! Les documents à transmettre (en attendant qu’AlphaTango soit mis à jour)
- Diplôme pratique A2 / STS-01 / STS-02 (CATT)
- Diplôme théorique A1 / A2 / A3 / STS-01 / STS-02
- RC Pro (je vous conseille Air Courtage)
- Pièce d’identité
- Donneur d’ordre de mission — devis ou bon de commande
- Extrait d’exploitant UAS
- Plan de vol fichier KML (via Google Earth par exemple)
- CERFA 15476*04 (la référence)
Si vous faites appel à mes services, l’ensemble de la gestion administrative est pris en charge par mes soins.
Le survol de personnes
Le survol de tiers non impliqués est strictement interdit. Les personnes impliquées dans l’opération — équipe, comédiens, figurants briefés et consentants — ne sont pas assimilées au public au sens réglementaire. Certains plans (top-shot sur comédien) restent possibles sous conditions.

Sanctions en cas d’infraction
Ce n’est pas cosmétique. Une infraction peut entraîner une amende pénale jusqu’à 45 000 € et un an d’emprisonnement pour le survol illicite de zones interdites, la suspension ou le retrait de l’autorisation d’exploitation par la DGAC, et la confiscation du matériel en cas d’infraction grave. Les contrôles se sont intensifiés en 2025 et 2026, notamment dans les zones urbaines.

Ce que ça veut dire concrètement
Ce n’est pas « le drone » qui est autorisé ou non — c’est l’opération qui doit entrer dans un cadre réglementaire, avec un niveau d’exigence proportionnel au risque.
Un drone léger, un environnement maîtrisé, un télépilote certifié et une déclaration faite dans les délais : c’est dans cet ordre qu’on construit un vol légal. La réglementation n’est pas faite pour bloquer les projets — elle est faite pour que chacun sache exactement ce qu’il fait et pourquoi.
Si vous avez un projet en Occitanie et des questions sur la faisabilité réglementaire d’un plan, c’est exactement ce que je gère. Contactez moi : production@visionbysky.com